Chaque mois, Le Grand Coloriage, notre galerie installée rue de Seine à Paris, invite un artiste contemporain à investir ses murs et à dialoguer avec le public à travers une série d’ateliers. Jusqu’au 28 juin, la galerie accueille Tomek Rushka avec Compositions of a Memory, une exposition immersive où dessin, geste et mémoire se répondent dans un univers graphique fascinant.
Pour accompagner cette exposition, Coline Zellal, critique d’art pour Le Grand Coloriage, propose une lecture sensible du travail de l’artiste, entre musique, mémoire et abstraction graphique.
Chaque mois, Le Grand Coloriage, notre galerie installée rue de Seine à Paris, invite un artiste contemporain à investir ses murs et à dialoguer avec le public à travers une série d’ateliers. Jusqu’au 28 juin, la galerie accueille Tomek Rushka avec Compositions of a Memory, une exposition immersive où dessin, geste et mémoire se répondent dans un univers graphique fascinant.
Né en 1997 et basé à Paris, l’artiste développe depuis plusieurs années un travail à la frontière du dessin, de la sculpture et de l’installation, déjà présenté notamment au Art Capital et au Salon des Beaux-Arts.
Chez Art Kids Company, nous aimons les artistes qui parviennent à transformer un geste simple en véritable langage. Avec Tomek Rushka, tout semble partir d’une forme élémentaire : le cercle. Répété des centaines, parfois des milliers de fois, il envahit le papier, la toile ou le mur dans une pulsation presque hypnotique.
Pour accompagner cette exposition, Coline Zellal, critique d’art pour Le Grand Coloriage, propose une lecture sensible du travail de l’artiste, entre musique, mémoire et abstraction graphique.
Le regard de Coline Zellal sur l’univers de Tomek Rushka
« En jazz, ce qu’on appelle « motif » est une unité, mélodique ou rythmique, que le musicien répète et autour de laquelle il construit ses improvisations. A partir d’une courte suite de notes, qu’il joue et rejoue, et que l’on reconnait toujours malgré les variations qu’il lui fait subir, le jazzman déploie ses phrases, son morceau, dans un langage dont on pourrait croire qu’il ne s’arrêtera jamais. Ce processus musical, Tomek Rushka le transpose dans le registre graphique : le cercle, motif initial sans cesse répété, se déploie sur la feuille, la toile, le mur, dans un mouvement toujours identique et toujours différent. Le support, rempli de ces ronds dans lesquels on pourrait voir un alphabet mystérieux ou des notes de musique sans leur portée, ne semble pouvoir retenir qu’un fragment du geste de l’artiste, dont on a l’impression qu’il pourrait se poursuivre à l’infini.
Par bien des aspects, le travail de Tomek Rushka hérite des explorations plastiques qui se jouent sur la scène parisienne à partir des années 1960. La répétition du motif signature fait écho à la réduction du vocabulaire plastique qu’opère le mouvement B.M.P.T. à partir de 1966. Le choix d’un motif quasi continu et d’un tracé vibrant rattache directement son travail aux pionniers de l’abstraction gestuelle, tandis que l’ambiguïté, entre dessin et écriture, n’est pas sans évoquer la longue histoire du graffiti ou, plus récemment, le trait d’un Cy Twombly. Pourtant, au-delà du motif obsessionnel, de sa répétition et de sa force graphique, les œuvres de Tomek Rushka semblent être, avant tout, une affaire de mémoire. D’un bout à l’autre du support choisi, les milliers de cercles qui se côtoient ou s’entrecroisent engagent le corps de l’artiste, et agissent comme les vestiges archéologiques des gestes qu’il a mis en œuvre. Déposés sur la toile ou le papier, ils matérialisent un élan : celui de l’artiste qui remonte inlassablement le fil de sa mémoire, des premiers cercles dessinés dans l’enfance à ceux qui peuplent aujourd’hui ses créations.
D’une œuvre à l’autre, les boucles de Tomek Rushka mettent en image tout à la fois le souvenir et le mouvement, la répétition et le renouvellement. Derrière l’image fixe, elles expriment la même vibration qu’une musique, les mêmes émotions qu’une remémoration. Elles donnent corps à la notion qui est peut-être la plus abstraite de toutes : le temps. »
Une expérience artistique pensée aussi pour les enfants
Cette réflexion prend une dimension toute particulière au Grand Coloriage, où l’exposition se prolonge à travers des ateliers pensés pour les enfants et les familles. Ici, les visiteurs ne restent pas à distance des œuvres : ils expérimentent eux-mêmes le geste, les spirales, les lignes continues et les motifs infinis qui structurent le travail de l’artiste.
Dessiner sans lever la main, créer des constellations graphiques ou participer à une œuvre collective avec Tomek Rushka : autant de manières d’entrer concrètement dans son univers. Une façon aussi de rappeler qu’au-delà des références artistiques et des grandes théories esthétiques, l’art commence souvent par quelque chose de très simple : une trace, un mouvement, un cercle que l’on dessine presque instinctivement depuis l’enfance.
